
Lettre ouverte pour Véronique AA
Pour commencer ce blog, je voulais juste balancer une lettre ouverte que m'avait demandé d'écrire Véronique AA.
Ce n'est pas son vrai nom.
Elle s'appelle bien Véronique mais AA, c'est un code.
La première fois que je l'ai rencontré, elle voulait que j'anime un atelier dans son école, un AA. (Atelier Artistique).
On est resté ami et je trouve que Véronique AA, cela lui va bien.
Enfin, cela lui allait bien. Parce que depuis 5 ans, il s'est passé des choses...des changements...des réformes qu'ont dit...enfin des choses qui ne facilitent pas la vie.
Véronique AA fait aujourd'hui la tronche.
Véronique AA est dégoutée de vouloir faire de la culture dans les écoles, parce qu'on lui fait comprendre que cela ne sert à rien.
Véronique AA veut bien faire.
Véronique AA est enthousiaste, joyeuse et énergique.
Mais Véronique AA, c'est comme si on lui avait coupé les ailes.
Les "réformes", à force, ça plombe vraiment.
Alors, Véronique AA, je crois qu'elle va arrêter.
"C’est étrange d’être dans une société ou il devient nécessaire de justifier la présence de l’art à l’école. C‘est comme si on me demandait d’argumenter sur la nécessiter de donner à manger à enfants. C’est idiot, en dehors de toute réalité, et pourtant, c’est un exercice qu’il nous est souvent demandé.
Remettre en cause la présence d’artiste dans les établissements scolaire revient à mon sens à délibérément handicaper un jeune pour son avenir. Je ne sais plus qui disait que l’art aide à supporter la vie. A moins d’être sourd et aveugle, il ne me parait pas injustifié d’affirmer qu’aujourd’hui, tout ce qui peut aider les jeunes à affronter le monde n’est pas superflu.
Un artiste est une ouverture sur le monde. Loin de moi l’idée de penser que ce n’est pas le rôle des enseignants. Eux aussi participe à cette ouverture. Mais nous ne parlons pas de la même chose, ni de la même façon.
Le monde des artistes n’est pas lié par un programme, ni par une réforme, ni par un marché de l’emploie quand il y en a un, ni par les dogmes d’un ministre.
Nous sommes libres.
C’est notre seul point commun avec Nicolas Sarkozy qui déclarait, lors de la mise en place le 2 février du Conseil de la création artistique, qu’il préside d’ailleurs ;
« Ma parole est plus libre que celui qui produit et qui doit faire attention à ce qu’il dit (...). C’est donc à moi de donner un coup de pied dans la fourmilière, de bousculer les choses »
C’est une matière qui n’est guère enseigné que la liberté. Excepté notre spécialiste de président, ce n’est sans doute pas le manque de prof compétant, J’en connais plus d’un qui serait susceptible de parfaitement faire comprendre des notions tel que le libre arbitre, la désobéissance, la liberté de penser, la colère salvatrice la révolte féconde.
Mais cela n’a jamais été dans le programme.
Regarder, entendre où lire la beauté est facultatif, et faire parler son imaginaire n’est même plus une option.
Et si cela continue ainsi, c’est chez Acadomia que l’on formera des citoyens.
Je pense d’ailleurs que c’est le souhait profond d’une élite.
La formation d’un élève jusqu’au BAC coûte à l’état plus de 100 000 euros. Il est facile de voir ou faire des économies !
Un artiste dans un établissement scolaire, c’est une autre parole, une fenêtre différente sur le monde qui est proposé aux jeunes. Je ne dis pas qu’il est plus beau, plus intelligent, mais il est différent. Et ça aussi, c’est important d’approcher la différence ; celle de penser, d’agir, de réfléchir et d’aimer différemment.
Les différences, c’est une richesse.
Et ça, je l’ai appris il n’y a pas si longtemps, à l’école.
3 février 2009."

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